Liste des restaurants

Chez Georges (2e)

Des banquettes rouges, des serveuses à l’humour mutin en tablier blanc, des saladiers pleins d’entrées et d’entrain, un menu écrit à la main façon plume : à peine sa porte franchie, ce bistrot historique nous ramène illico en 1964, date de sa création. Ici, ça ne rigole pas sur les portions ni sur l’efficacité du service, affairé à satisfaire habitués du quartier et touristes épatés de dîner dans une carte postale animée. Dans cette machine à remonter le temps, les abats occupent une part non négligeable de la carte : andouillette, foie de veau à l’anglaise, ris de veau aux morilles… et rognons, ici présents en deux façons. Pour les amateurs de grillé, les voilà façon Henri IV, grillés entiers, servis avec de bonnes frites et une béarnaise. Et pour les fanas de sauçage (ou doit-on écrire saucement ?), ils sont « sautés Charlotte », nappés d’une sauce crème, moutarde, champignons de Paris, porto blanc. Un saut spatio-temporel coûteux, mais jubilatoire !

r 1, Rue du Mail, 75002 Paris. Du lu. au ven. de 12h à 14h et de 19h à 22h30. À partir de 60 euros. Réservation conseillée.

Le Petit Vendôme (2e)

À l’abri de la rue de la Paix, entre deux enseignes de luxe et une chaîne de bagels, Le Petit Vendôme fait de la résistance. Depuis les années 1970, cet aimable bougnat dans son jus célèbre le cochon à l’infini : jambon à l’os ou de pays d’Auvergne, pâté, rillettes, salaisons, pied de porc grillé, andouillette... Ici, on l’arrose de Saint Pourçain à la ficelle ou d’un Chiroubles nature. Des porcelets miniatures trônent même derrière le comptoir rétro en formica, tandis que la pétulante Sophie dégaine les sandwichs plus vite que son ombre. Une centaine par service... Chaque midi, le même manège se reproduit. Des hordes de cols blancs et de bleus de travail font indistinctement le pied de grue sur le trottoir dans l’espoir, jamais vain, de casser la croûte. Bientôt, ils atteindront le Graal : un superbe jambon­-beurre. L’emblème gastronomique du Petit Vendôme.

r 8, Rue des Capucines, 75002 Paris. Le lun. de 8h30 à 16h30, du mar. au ven. de 8h30 à 2h du matin, sam. de 10h à 2h. Plats du jour de 17 à 19 euros, sandwiches 6,40 euros.

Chez Marcel (6e)

Comptoir dans l’entrée, nappes à carreaux rouges, chaises Thonet, vieilles affiches et patron qui assure le service et l’ambiance : bienvenue chez Marcel, prénom de celui qui a créé le lieu en 1956. Repris par Pierre Cheucle, Stéphanois passé par des maisons étoilées, rien n’a bougé dans ce bistrot (le patron préfère le terme resto) qui célèbre le répertoire culinaire lyonnais. Salade tiède de pommes de terre au cervelas pistaché, carpaccio de cochon (soit une poitrine de porc fondante taillée finement et assaisonnée de câpres, de cornichons et de piment d’Espelette), andouillette ou tarte aux pralines roses : on se croirait dans la cité des Gones. À notre table, l’épaule d’agneau confite fond dans la bouche, escortée d’un blond gratin dauphinois nageant dans la crème. La quenelle de brochet, gonflée comme un zeppelin, survole une sauce Nantua aux écrevisses nappant généreusement le poêlon en cuivre. Pour finir, une généreuse et impressionnante île flottante, discrètement vanillée et sans caramel, donne envie d’y faire naufrage pour s’en repaître en toute gourmandise. Prière de venir ici avec grand appétit et large soif, autant de vins que de discussions : aucune ne sera déçue.

r 7, Rue Stanislas, 75006 Paris. Entrées 7-17 €, plats 23-34 euros, desserts 9-12 euros. Réservation conseillée.

Joséphine Chez Dumonet (6e)

Créé dans les années 20, ce bistrot de la rive gauche, réputé pour sa cuisine bourgeoise et ses portions généreuses, figure dans les guides anglo-saxons. Mais que vaut ce classique bistrotier à prix luxueux ? Le bœuf bourguignon fondant est nappé de la plus lustrée des sauces (la demi-portion suffisant pour un adulte charpenté), le millefeuille de pigeon entouré de pommes de terre Anna ruisselantes de beurre clarifié évoque les tables étoilées de l’après-guerre. On ne s’explique pas l’omelette aux truffes, évidemment en boîte, à 58 euros, mais on vote pour le spectaculaire soufflé passion-framboise, hélas peu de saison, mais prêt à s’envoler.

q 117, Rue du Cherche-Midi, 75006 Paris. Du lun. au ven. de 12h30 à 14h30 et de 19h30 à 22h À partir de 60 euros. Réservation conseillée.

Wadja (6e)

Institution du quartier Montparnasse depuis 1942, ce bistrot semble sorti d’un film, avec ses beaux carreaux de ciment, ses chaises Fischel et ses banquettes en moleskine rouge. J’y retrouve une autrice spécialiste d’Agatha Christie, une voisine qui m’avoue n’avoir jamais franchi la devanture de bois, craignant d’y trouver une cuisine d’un autre temps. Le talent d’Erwan Coiffard nous détrompera vite, ce dernier navigant à merveille entre traditions d’ici et d’ailleurs. Une cuillerée de vichyssoise, potage crémeux de poireaux et de pommes de terre, est une excellente entrée en matière, et le pâté maison à la soubressade témoigne de la passion charcutière du chef. L’échine de cochon rôtie reste moelleuse sur un édredon de purée de courges, et le cabillaud nacré prend racine avec des betteraves et des carottes astucieusement relevées de laitue de mer. Un repas bien troussé, jusqu’au dessert, avec une pavlova à la mangue dressée en une gracieuse couronne. Bonne carte de vins essentiellement nature et bio. Ma commensale songe déjà à inclure le décor dans son prochain ouvrage…

q 10, rue de la Grande Chaumière, 75006 Paris. Du lun. au sam. 12h-14h30 et 19h30-22h. Menus midi 24-27 euros, soir 29-36 euros, à la carte 45 euros. Réservation conseillée.

Le Vaudésir (14e)

Façade rouge, moulures en stuc du début du siècle dernier, tables de bois avec sets de table en papier et verres Duralex : aucun doute, nous sommes dans un vrai bistrot. Côte à côte se restaurent les branchés de l’agence de com du coin, la voisine accoudée au comptoir avec son verre de blanc et les poireaux qui dépassent de son sac, et moi qui ait l’impression d’avoir voyagé dans le temps. Pas de burger, ici, mais un mur rempli de suggestions et de plats du jour préparés dans la minuscule cuisine par Michelle. Flanqués d’un très généreux verre de beaujolais nouveau (4 euros), les œufs mayo tout simples saupoudrés de persil déboulent dans leur assiette à fleurs. Le bœuf bourguignon et ses pommes de terre sont dans les clous, tandis que le chou farci se révèle parfaitement goûteux, pas trop gras mais juteux. Tarte aux pommes ou crème brûlée ? Les deux s’il vous plaît, et puis encore un autre café (bio en plus !)…  car on a du mal à décoller d’ici tant on s’y sent comme à la maison, installés à côté du buffet où déjà les couverts sont en train d’être rangés pour le prochain service. Même les lieux d’aisance sont d’époque (toilettes à la turque dans la cour) !

r 41, Rue Dareau, 75014 Paris. Lun. 7h30 à 15h30, mar.-sam. 7h30 à 23h30. Plats du jour 8,90 euros, entrées 4-5 euros, desserts dès 4 euros. Réservation possible.

Le Cyrano (17e)

Longtemps, on n’a trouvé ici que des planches quelconques et des demis assez ordinaires. On venait surtout pour la splendeur du zinc, les spectaculaires mosaïques dorées et les fresques d’avant-guerre où figure le héros d’Edmond Rostand. Jadis, les surréalistes en avaient même fait l’un de leurs QG. Le charme du lieu, fondé en 1854, perdure, mais sa reprise par une bande de joyeux drilles lui offre une deuxième jeunesse. Au sous-sol, Charleyne Valet prépare toute son astucieuse mise en place, réchauffe et dresse directement les assiettes derrière le comptoir, où l’on peut déjeuner moyennant quelques euros de moins. Les poireaux vinaigrette sont habilement entourés d’algues noris pour composer une délicieuse mosaïque coiffée d’un jaune d’œuf confit et sont relevés d’une vinaigrette à la noisette, tandis que la saucisse-purée aux pickles de moutarde joue le terroir sans balourdise grassouillette. On apprécie aussi le nombre de plats mettant à l’honneur les végétaux, comme cette exquise blanquette de légumes au riz noir croquant. Bonne nouvelle : Cyrano a enfin retrouvé son panache !

r 3, Rue Biot, 75017 Paris. Tous les jours, 12h-14h30 et 19h-22h30. Formules déj. 18-22 euros, au comptoir 16,50-20 euros, bun à emporter 8,50 euros, le soir assiettes 8-12 euros, planches 9,50-17,50 euros.

Chez Pradel (18e)

Pas de marketing, ni d’attachée de presse, juste un tuyau filé par une consoeur attentionnée : « Je suis tombée sur un vrai bistrot, comme on n’en fait plus !  » Je saute fissa dans un bus pour vérifier et, dès l’accueil – adorable malgré l’affluence – , je flaire la pépite. Ouvert depuis 1897 – diantre ! –, presque en face du Boulom, de Julien Duboué, ce rade a été repris avec l’envie de faire bon, maison, à prix doux. J’attaque par des beignets de tomate aux accents grecs (origan, feta, tout y est !) et je poursuis avec une bavette-frites qui devrait être donnée en exemple dans les écoles hôtelières. Viande fondante marquée au gril et frites de compétition, dont la fraîcheur ne ment pas : l’éplucheuse est au sous-sol, et 175 kilos de patates y passent chaque semaine. Une crème brûlée plus tard, me voilà prête à aller manifester pour un Pradel à chaque coin de rue. Une formule magique qu’aucune école de commerce au monde ne peut réussir à inculquer…

s 168, rue Ordener, 75018 Paris. Du mar. au sam. de 8h à 23h. Menu déj. 14 euros, carte 25 à 30 euros env. Réservation conseillée.

Au Rêve (18e)

Ce bistrot historique de Montmartre, ouvert en 1921, a subi quelques avanies avant d’être récemment rouvert et réaménagé par les architectes Clémentine Larroumet et Antoine Ricardou, qui font à nouveau briller son enseigne bleu fluo jusqu’à tard dans la nuit. La formule déjeuner, qui change tous les jours, a un tel succès qu’elle comble la salle. Mille-feuille de betterave et fromage frais (crémeux et d’un rose revigorant) ou fondue de poireau à la Morteau (pour changer du poireau-vinaigrette) sont vite envoyés avec le sourire par Sylvie, véritable Shiva du service. À suivre, un poulet tandoori ou un risotto aux champignons, qui s’éloignent du répertoire bistrotier sans déroger à la fraîcheur. Le soir, la carte s’étoffe autour d’escargots, de céleri rémoulade au haddock, de tartare, de mousse au chocolat ou de riz au lait, accompagnés de quilles à prix raisonnables. Du réconfort dans le cœur et dans l’assiette.

r 89, Rue Caulaincourt, 75018 Paris. Lun.-sam. 8h-2h, dim. 9h-17h. Formule midi 17-21 euros, formule soir 40 euros env. Réservation conseillée.

Mini prix

Yory (9e)

Yory.

Yory. Photo Alice Beuvelet

Si le nom, écrit en noir sur la simple façade immaculée, signifie « cuisiner » en coréen, il est aussi issu de l’heureux mélange des prénoms des restaurateurs, Yeo Hyun Lee en cuisine et Grégory Vacher en salle. Leur credo : des ingrédients bien sourcés, une majorité de légumes bio et des bibimbap – je n’en avais pas goûté d’aussi frétillants depuis longtemps. Avant d’y plonger mes baguettes, je me régale d’une fraîche entrée de tofu assaisonnée d’une délicieuse sauce au sésame, cachée sous des lamelles de celtuce marinées. Cet étonnant légume aussi nommé laitue-asperge mérite le coup de dent ! Déboule ensuite un bol de riz et d’orge où sont rangés, comme les bandes d’un arc-en-ciel, carottes, céleri, concombre, champignons noirs, le tout couronné de seiches bien fondantes. Couleurs chatoyantes, ingrédients allant du tiède au brûlant : on voit combien tout est maîtrisé dans ce plat bienfaisant, nappé d’huile de sésame grillé de qualité. Et l’on comprend vite pourquoi une cuillère accompagne les baguettes : c’est si bon qu’il ne faut pas en perdre un grain !

r 1 bis, rue de Maubeuge, 75009. 01 48 06 94 52. Du lun. au sam. 12h-15h.
En semaine, menu déj. 16,50 €, plat seul 12,50 € ; le sam., plateaux 16-18,50 €.

La Cantine Champ libre (10e)

La Cantine Champ libre.

La Cantine Champ libre. Photo Chau-Cuong Lê

Cuisiner avec des produits de saison, cultivés au plus près du resto, réutiliser tous les restes pour limiter le gaspillage et faire plaisir à ceux qui s’attablent : ce défi est joyeusement relevé dans cet établissement installé près de République. Pour une cantine, l’endroit est ravissant, avec ses murs de brique et de zelliges ocre, ses chaises chinées et disparates, comme ses assiettes dépareillées. Démarrage réussi avec des poireaux (tendres et fondants) recouverts d’une bonne gribiche et d’une chapelure croustillante – ça change des croûtons. Si le veau aux carottes embaume à la table d’à côté, je préfère plonger ma fourchette dans le plat fumant de porc effiloché bien juteux, dont les sucs se mêlent à une purée de panais aussi douce qu’un câlin, agrémenté de pois chiches, de chou et de poireau braisé. De délicieux légumes qui montrent qu’il n’y a pas que les patates en hiver ! Je piquerais volontiers la recette du gâteau moelleux aux agrumes et au sarrasin, doux et acidulé à la fois, qui clôture le repas. Bonne nouvelle : la cantine est désormais ouverte certains soirs de la semaine.

r 9, rue Taylor, 75010. 09 81 94 11 14. Du lun. au ven. 12h-15h. Du mer. au sam. 19h30-23h. Menu déj. 16-18 €. Option végé. Pas de réservation.

Pistil (11e)

Pistil.

Pistil. Photo Lucien Lung / Riva-Press

Les amateurs de danse contemporaine connaissent forcément cette ancienne imprimerie lumineuse devenue studio de travail et salle de spectacle. Depuis la rentrée s’y est installée une cantine végétarienne, ouverte aux danseurs entre deux répétitions, mais aussi aux gourmands du quartier. Dans les petites assiettes dépareillées, c’est la fête : le gaspacho au basilic est savoureux et la betterave rôtie à l’orange sur un yaourt crémeux aux herbes ne démérite pas. Posé sur un nid de houmous relevé de paprika fumé, l’œuf parfait se laisse saucer avec gourmandise. À suivre, un excellent chili sin carne escorté de pickles d’oignons rouges, d’une salade de mâche et d’une tortilla grillée qui nourrit sans alourdir. Place aux desserts maison, gourmands à souhait : ni œuf ni beurre dans le bluffant cake chocolat et noix de coco. Et tarte aux quetsches à faire pâlir d’envie une grand-mère alsacienne, soupçon d’épices incluses. Un excellent plan à petit prix, qui a le bon goût de jouer les prolongations les soirs de représentation.

r 12, rue Léchevin, 75011. Du lun. au ven. de 11h à 16h, et les soirs de spectacle.
Formules : 13,50-16 €.

Tempero (13e)

Tempero.

Tempero. Photo Chau-Cuong Lê pour Télérama

Avec cette épicerie-caviste qui fait aussi salle à manger le midi, la cheffe Alessandra Montagne a doublé la mise en s’installant à deux pas de Nosso, son autre établissement. Le lieu. Tout près de la BNF, un rez-de-jardin vitré où la lumière joue sur le bois blond et les étagères bien remplies.Le moment. Un déjeuner avec l’un de mes rédacteurs en chef pour parler de ce que l’on va vous mijoter de bon pour les prochains mois. L’assiette. Velouté de potimarron, câlin sous la langue ; poitrine de porc crousti-confite sur purée de céleris et sauce onctueuse à la moutarde ; moqueca de poisson savoureuse qui rappelle les origines brésiliennes de la cheffe ; flan parisien rebondi et panna cotta mangue-passion : il y a de la joie là-dedans ! Verdict. Un esprit bistrotier Paris-Rio sans fausse note qui régale à petit prix… et une occasion de repartir avec une bonne bouteille et de quoi mijoter un risotto d’épeautre !

s 24, promenade Claude-Lévi-Strauss, 75013. 01 45 84 19 81. Du lun. au jeu. 10h-18h, le ven. 10h-22h. Formule déjeuner 24-28 €. Réservation conseillée.

Chez Ernest (19e)

Chez Ernest.

Chez Ernest.

Depuis 2015, l’association Ernest réunit les mondes de la gastronomie et de l’aide alimentaire. Après avoir investi un tiers lieu à Bagnolet, la revoici sous la forme d’un vrai restaurant à la sortie du métro Crimée. Le principe est simple : ici, un déjeuner ou un dîner finance l’un des cinq cents repas préparés chaque semaine par des bénévoles grâce à des produits essentiellement locaux, puis distribués en maraude. J’avoue : je fais partie des administrateurs bénévoles de l’association depuis plusieurs années, aussi peut-on juger mon avis biaisé. Mais la convive avec laquelle je me suis attablée sous la verrière par un lundi pluvieux n’a rien trouvé à redire au délicieux tarama, où l’on a plongé du brocoli croquant doré au chalumeau. Elle s’est ensuite régalée de porc pané servi avec un original ketchup maison à la betterave et une salade de fenouil. Nos cuillères ont même ferraillé au-dessus d’une tendre poire pochée posée sur un lit de crème anglaise à la lavande et de crumble croustillant. Le soir, c’est assiettes à partager et pizzettes à prix doux, escortées d’une jolie sélection de vins nature. Un restaurant qui restaure tout le monde, réunissant le bon et le bien : la cuisine, c’est encore meilleur quand elle a du cœur.

r 4, impasse de Joinville, 75019. Mar.-sam. 9h-0h, dim.-lun. 9h-17h. Menu déjeuner 16-19 €, soir 20-30 €.

Monique et Myrtille (20e)

Monique et Myrtille.

Monique et Myrtille. Photo Julie Limont / Hans Lucas.

Derrière sa devanture bleu outremer, ce coquet salon de thé fait le plein : tout le quartier Pelleport y défile pour y retirer son déjeuner. Ça dépote de bons petits plats frais, de saison, réalisés avec un maximum de produits achetés en direct aux producteurs : effiloché de poulet à la cardamome et au chou rôti, œuf cocotte au chorizo, le tout servi avec de petites pâtes, dans des assiettes chinées dépareillées. Mention spéciale pour l’exceptionnelle tortilla de patatas – on se croirait en Espagne dès la première bouchée – et pour les desserts gourmands, comme ce mini-mont-blanc réconfortant et cette madeleine toute dorée à seulement 1 €, qu’on ne peut que plonger dans son café. Mieux vaut donc réserver si on veut déguster sur place les petits plats d’Audrey Duguine et les redoutables desserts de la pâtissière Mathilde Véol. Le nom du resto n’a rien à voir avec les prénoms de leurs grands-mères : il s’agit des surnoms dont on les avait affublées alors qu’elles travaillaient dans une brigade triplement étoilée. Leur petite restauration a tout d’une grande, car j’y serais bien restée tout l’après-midi !

s 83, rue Orfila, 75020. 09 72 35 94 85. Du lun. au ven. 9h-18h. Formule déjeuner 15-19 €, goûters et petits déj. à partir de 3,90 €.

Bistronomiques

Bing Sutt (3e)

Bing Sutt.

Bing Sutt. Photo Sophie Carrère pour Télérama

À deux pas de la place de la République, ce joli coffee shop est en fait un bing sutt, sorte de salon de thé à la hongkongaise, subtil héritage des traditions chinoises et britanniques qui ont forgé l’identité culinaire de la ville. On peut y découvrir certains de ses plats emblématiques, comme la tartelette aux œufs inspirée du pastel de nata portugais, ou le thé noir au lait. Pour le petit déjeuner, le goûter ou le brunch, place au pineapple bun, petite brioche craquante à la croûte évoquant vaguement un ananas, dont elle ne contient pas le moindre morceau. Pour le déjeuner, exquis petits pains briochés aux oignons nouveaux, à accompagner d’un grand bol de congee. Plonger sa cuillère dans ce porridge de riz crémeux parfumé au potimarron et au maïs, agrémenté d’huile au gingembre et d’ail rôti, est aussi réconfortant que s’enrouler dans un plaid après une averse. Service en VO un peu approximatif, mais heureux de faire découvrir ces délicieuses spécialités dépaysantes, qui nous donnent l’illusion, durant quelques instants, d’être dans un film de Wong Kar-wai.

r 22, rue Béranger, 75003. Du mar. au ven. 9h-17h, sam. 9h30-18h. 20-25 €. Options végé.

D’ailleurs

Comer (10e)

Comer.

Comer. Photo Julie Limont pour Télérama

Auparavant défilaient sur les hautes tables carrelées houmous et spécialités levantines. Carlos Moreno n’a presque rien changé au décor de cette lumineuse cantine. Il a juste ajouté quelques paniers à tortillas et une discrète affiche évoquant Frida Kahlo, pour signaler que désormais, ici, la cuisine est mexicaine… mais loin des clichés et des sombreros décoratifs. À la fois traiteur, épicerie (avec des sauces maison) et labo de préparation, le lieu est ouvert certains midis et trois soirs par semaine. Mais quel régal ! Le tamal, sorte de papillote faite de farine de maïs, est travaillé ici avec du bœuf fondant sur une sauce rouge parfumée et adoucie de fromage frais. Le mole est ce jour-là à base de cacahuètes et de piment fumé (morita), nappant des tortillas garnies de champignons et de pickles. Aussi délicieux que peu photogénique. Pour finir, un tres leches, gâteau gourmand et lacté aux agrumes et au Cointreau, de loin le meilleur jamais mangé. Une formule originale, un lieu atypique et des saveurs inédites à Paris, pour un dépaysement garanti.

s 96, rue d’Hauteville, 75010. 06 63 02 56 25. Du mar. au ven. 12h-15h. Du mer. au ven. 19h-22h30. Privatisations le soir et événements sur parismexico.fr. Déjeuner 22-28 €, kit de tacos à emporter 35 € le jeudi soir, sur réservation. Options végé.

Ajia (4e)

Ajia.

Ajia. Photo Sophie Carrère pour Télérama

Cet ancien magasin de cuir et de fourrures, dans le Marais, s’est transformé en 2018 en ambassade de la gastronomie taïwanaise. Geoffrey Dufour en salle et Kay Wang aux fourneaux veulent faire découvrir la cuisine familiale de cette île, comme le signale le nom de leur restaurant, qui signifie « grande sœur ». Tout est cuisiné maison, même les délicieuses saucisses finement tranchées, et tout est pensé pour être partagé : par ici les croquettes de taro fourrées de porc au curry ou de tofu, le lo bah (poitrine de porc confite à la sauce soja, à la badiane, au poivre et à la cannelle), le poulet aux palourdes, mais aussi les girboulots sautés au maïs et aux pois gourmands, plus connus sous le nom de champignons eryngii. C’est copieux, délicatement assaisonné, sacrément dépaysant. Pour finir en douceur, le cake au sucre brun cuit à la vapeur et aux notes de réglisse accompagne l’addition, raisonnablement tarifée, et… un mot de remerciement pour notre visite. Une table tout en attentions !

r 4, rue du Roi-de-Sicile, 75004. 07 61 35 38 18. Lun. 19h-22h, du mar. au dim. 12h-16h et 18h-22h. Carte 30 € env., assiettes 10-17 €. Option végé. Réservation conseillée.

Jamat (9e)

Jamat.

Jamat.

Jacinthe, seule en salle, Mathieu, solitaire en cuisine : voilà qui explique la petite quinzaine de places de cet estaminet bien troussé… et le joli nom de son enseigne. Dans les verres, que du bio et du nature bien conseillés par madame, et dans les assiettes, une jolie approche bistrotière, puisque monsieur est un ancien des Arlots, à quelques rues et un arrondissement de là. On sent l’amour du plat canaille et de la charcutaille, camouflée dans d’agréables raviolis frits au boudin noir ou revendiquée dans l’honorable terrine maison, ainsi qu’un fort tropisme terre-mer, entre un chou farci au mulet et au haddock, et une originale et corsée caillette de porc et de poulpe sur une bisque onctueuse et un écrasé de pommes de terre. Les gnudi (petits gnocchis de ricotta aux herbes), avec épinards frais et champignons, sont ce jour-là un peu noyés dans la crème moutardée, mais glissent fort bien avec quelques gorgées de chardonnay. Desserts dispensables, mais service agréable et ambiance cosy : une bonne adresse pour francs-buveurs.

r 33, rue de Navarin, 75009. 01 48 74 02 90. Du mar. au ven. 19h-23h. Carte 45 € env. Réervation indispensable.

Elément Terre (10e)

Elément Terre.

Elément Terre. Photo Alice Beuvelet

Quand Ozlem (57, rue des Petites-Écuries, 75010, meilleur kebab de Paris) s’éteint, les lumières se rallument, quelques mètres plus loin, dans ce bar à vins aussi discret qu’éclectique. Le boss, Edip Bolatoglu, quitte la broche pour enfiler le tablier de taulier, et Henri Guillaume, responsable de la salle, retrouve sa première passion, le vin, en sélectionnant des bouteilles pointues à prix sages. Pour les accompagner, le chef Guillaume Tartrais, passé par de belles maisons étoilées, sait faire des miracles sans hotte d’extraction. Avec ses assiettes végétales (écrasé de butternut à la feta et aux raisins, mousseline de panais à la châtaigne et à l’orange) aussi bien que carnassières (ballottine de selle d’agneau à la caillette de chou, noix et jus corsé à lécher son plat), on est loin des sempiternelles planches de fromage-charcut’ (même si on n’a rien contre, quand les produits sont bien choisis). Dans nos verres, Henri nous verse un pimpant cépage quasi disparu, le servant, à la jolie teinte rose-ambré, vinifié par Mylène Bru avec sa cuvée Serve the Servant. Une de ses nombreuses découvertes qui remplissent les étagères et qui donnent envie de revenir : une telle histoire d’amitié gourmande entre vin et bonne chère ne peut donner qu’une bonne soirée entre amis…

s 32, rue d’Hauteville, 75010. 09 83 45 07 92. Mar.-mer. 17h-22h30, jeu.-sam. 17h-23h. Assiettes 12-16 €, bouteilles prix de la cave + 8 €.

Le 6 Paul Bert (11e)

Le 6 Paul Bert.

Le 6 Paul Bert. Photo Livia Saavedra pour Télérama

On a suivi avec plaisir Pauline Séné dans toutes ses aventures culinaires parisiennes, étincelante chez Fripon (20e), maligne chez Arboré (8e)…, et l’on ne peut que se réjouir de la voir enfin sédentarisée dans les cuisines de l’ancien 6 Paul Bert, au nom simplement raccourci. Entre la salle tout en longueur (où le niveau sonore s’envole) et le comptoir de marbre, je préfère me hisser sur un haut tabouret pour mieux profiter du meilleur déjeuner du quartier à prix mesurés. Le velouté de butternut relevé de faisselle au curry, d’aneth et de pickles de graines de moutarde est tout sauf courge. La salade de cocos de Paimpol, entre croquants et fondants, me réconcilie avec le kale, dont l’amertume naturelle est contrebalancée par une diabolique mayo aigre-douce. Enfin, posé dans un nid douillet de fregole, ces petites pâtes sardes légèrement grillées, l’œuf parfait se mêle à un pesto de noisettes et une crème de champignons délicatement automnaux. Le sens de l’assaisonnement de la cheffe bluffe quel que soit le plat, jusqu’au diabolique cookie aux noisettes, réconfortant comme une écharpe moelleuse. Encore !

s 6, rue Paul Bert, 75011. 01 43 79 14 32. Mar.-ven. 12h15-14h30, lun.-ven. 19h15-22h30. Menu midi 26 €, carte soir 60 € env. Réservation indispensable.

HuThoPi (12e)

HuThoPi.

HuThoPi. Photo Amanda Sellem pour Telerama

Il ne s’agit pas d’une orthographe déformée dans un hommage discret au philosophe Thomas More, auteur de l’Utopie… mais de l’acronyme des prénoms des trois associés, à savoir Hugo, Thomas et Pierre, des anciens de l’Ours, du Meurice et du Clown Bar. Dans la salle tout en longueur et en banquettes noires, on admire aussi bien les beaux flacons (de vin) que la cuisine ouverte, d’où s’échappe un parfum de beurre noisette qui met en appétit. On reconnaît d’ailleurs immédiatement cette odeur dans le petit fagot de salsifis rôtis déposé sur une moelleuse crème à la châtaigne. Sous un voile de lard de Colonnata, les délicats légumes se font lingots d’or et trésors délicieux. Même magie pour le tendre poulpe rôti, condimenté avec des topinambours et des noisettes, eux-mêmes escortés de carotte et de panais glacés dans le miso blanc : un vrai régal hivernal. Le dessert, apporté par une jeune apprentie de Ferrandi, jongle avec le sarrasin et le chocolat, le moelleux et le croquant, tout en étant peu sucré : une belle réussite. C’est assurément un coup de cœur ; certes, les tarifs sont élevés, mais pas excessifs, vu la qualité des produits et du travail dans les assiettes. De la belle ouvrage bien maîtrisée pour se faire plaisir.

s 53, rue de Charenton, 75012. 01 43 46 12 94. Du lun. au ven. 12h-14h et 19h15-21h45. Menu déj. 36 €, soir 70 € ou carte 75 € environ. Réservation indispensable.

Sharmaji (15e)

Sharmaji.

Sharmaji. Photo Joann Pai

En entrant dans ce joli restaurant rose et bleu, merci de laisser au vestiaire la croyance que la cuisine indienne se limite au poulet tikka masala (vraisemblablement né en Angleterre) ou au cheese naan (imaginé à Paris dans les années 1970). Place au meilleur spécialiste du genre à Paris : Manoj Sharma, qui, après Jugaad dans le 2e arrondissement, s’installe de l’autre côté de la Seine, avec cette enseigne dont le nom signifie « Monsieur Sharma ». Une délicieuse adresse, loin des stéréotypes. Quand on a du mal à choisir, tant la quinzaine de propositions, dont une bonne moitié végétarienne, fait envie, c’est bon signe ! Un serveur zélé nous conseille avec moult explications et nous convainc de goûter un fantastique dal aux lentilles noires, un savoureux poulet grillé au feu de bois avec fenouil, yaourt et gingembre, puis une aubergine confite dans une exquise sauce au tamarin, au sésame et au yaourt. Dans les verres, de jolis cocktails créatifs (astucieux Indian Mule aux épices et à la vanille) et une bière brassée sur mesure, qui donnent envie de revenir pour un apéro en terrasse. Chez Sharmaji, le charme agit !

s 16, rue Frémicourt, 75015. 09 78 80 52 78. Mar.-dim. 12h-14h30, mar.-jeu. 17h-23h, ven.-sam. 17h-23h30. Carte seulement, 30-50 €. Réservation conseillée.

Janine (17e)

Janine.

Janine. Photo Amanda Sellem pour Telerama

Ce charmant bistrot des Batignolles repris par Thibault Sizun, ancien de chez Eeels, est un sacré coup de cœur. Bien installés dans la coquette salle aux carreaux de ciment ornés d’octagrammes, on attache nos serviettes avant de découvrir les appétissantes propositions de la jeune cheffe Soda Thiam, ancienne seconde de Gare au gorille, excellent établissement situé quelques numéros plus haut. Au menu : des classiques (céleri rémoulade, potage Du Barry) remis au goût du jour et une belle inspiration du marché. Ainsi, un bouillon de céleri très mijoté, où flottent de tendres cocos de Paimpol et des filets de sardines marinés au cerfeuil, donne le la dès l’entrée. Pour continuer, une cuisse de poulette bien rôtie, servie avec pommes Anna (divin gâteau de pommes de terre sacrément beurrées) et crème d’artichauts, le tout nappé de sauce au vin jaune, ou bien un cromesquis de joue de bœuf craquant-fondant sur purée de potiron et épinards frais – ceux-ci sont devenus rares au resto. À se partager, une tarte aux pommes relevée d’anis, accompagnée d’une glace au poivre culottée. Bonne sélection de bouteilles, service aux petits oignons et assiettes de haut vol : à vos résas !

s 90, rue des Dames, 75017. 01 42 93 33 94. Du lun. au ven. 12h15-14h30 et 19h30-23h. Menu déj. 25-28 €. Réservation conseillée.

Le Truffaut (17e)

Le Truffaut.

Le Truffaut. Photo Sophie Carrère pour Télérama

Déjà aux manettes du Jourdain, à l’autre bout de Paris, la fine équipe de ce bistrot malin a aussi conquis les Batignolles grâce à ce Truffaut bien troussé. Murs de brique, couverts anciens et desserte vintage à liqueurs et apéritifs : autant de détails qui ravissent la femme d’à côté de la banquette. Le cuisinier n’a pas peur de faire les quatre cents coups, mélangeant préparations bien de chez nous (beurre blanc, sauce charcutière) et inspirations lointaines (sauce thaïe pour le saumon mariné, sauce aux shiitakés pour le poisson du jour). L’œuf parfait se niche dans un voile de pommes de terre aux lardons et aux oignons, et le velouté de potimarron fait son timide sous une émulsion au parmesan. Purée de patates douces, endives braisées et chou sauté escortent dignement lieu noir ou suprême de volaille. Pour finir, un délicieux millefeuille minute praliné, croustillant à souhait. Une belle fille comme moi ne peut qu’applaudir l’excellent rapport qualité-prix-gentillesse de l’enseigne !

r 89, rue Truffaut, 75017. 09 87 56 67 56. Du lun. au jeu. 12h-14h et 19h30-22h, ven. 12h-14h30 et 19h30-22h. Menu déjeuner 21-25 €, dîner 37 €. Réservation conseillée.

Le Matré (18e)

Le Matré.

Le Matré. Photo Arthur Crestani pour Télérama

Quand deux anciens d’Yves Camdeborde, Lucas Tresse en cuisine et Chloé Magel en salle, décident de s’installer aux Abbesses, on réserve déjà nos ronds de serviette — et on a même envie de prendre un abonnement dans cette salle à manger aux murs en pierre. Les asperges vertes juste croquantes se cachent sous une neige de ricotta (faite maison !) et une fraîche purée de petits pois, contrastant avec l’acidité des zestes de citron. Tout le printemps en une seule bouchée… Même plaisir du velouté d’artichaut — quel boulot en cuisine pour le préparer ! — où se cachent des lamelles de Salers fermier, apportant un assaisonnement bienvenu. Le pavé de veau tendre et confit épate tout autant, avec un jus à l’estragon bien nappant et une crème de maïs doucement sucrée. La pomme confite au calva du dessert est si tendre qu’elle a des faux-airs de baba au rhum, cachée sous une onctueuse crème glacée au caramel salé turbinée à la minute. Prix mesurés, talent évident, service souriant et sélection pointue de vins nature justement tarifés, ce Matré est un vrai coup de maître !

s 42, rue Véron, 75018. 01 53 41 15 40. Mer. 19h-23h, jeu. à lun. 12h-14h et 19h-23h. Menu déjeuner 24-28 €, carte 40 €. Options végé. Réservation obligatoire.

Bonnotte (Boulogne-Billancourt, 92)

Bonnotte.

Bonnotte. Photo Julie Limont / Hans Lucas

Enfin du bon à Boulogne ! Ici, on a deux chefs pour le prix d’un : Manon Negretti-Guichard, ancienne de Semilla et du Café Ineko, en cuisine derrière le passe, et son mari, Antoine Guichard, passé par Taillevent et le Peninsula, qui, ce coup-ci, a plutôt choisi d’être en salle. Lumineux et boisé comme une maison de campagne, orné de bouquets de fleurs séchées, leur restaurant fleure bon la cuisine maison. Si le soir le menu se fait cossu, n’hésitant pas à sortir lièvre à la royale, ris de veau ou sole meunière, de beaux produits bien préparés, le menu du déjeuner est, lui aussi, excellent. Bonne idée que d’oser l’endive braisée caramélisée sous sa couche de mimolette fondue, à l’amertume contrebalancée par une brunoise de pommes vertes. Et l’on apprécie l’intelligence des textures dans cette portion généreuse de seiche aux champignons sautés, où des lamelles crues d’hélianthis apportent du croquant et un léger goût d’artichaut. Pour finir, le moelleux à l’orange, peu sucré, a presque des airs de baba recouvert de suprêmes d’agrumes. Billancourt a donc fini de désespérer… du moins culinairement.

s 1, rue de Billancourt, 92 Boulogne-Billancourt. 09 83 44 29 35. Du lun. au ven. 12h-14h et 19h-22h. Menus déjeuner 29-38 €, soir carte 70 €. Options végé. Réservation indispensable.


Plus chics

Datil (3e)

Datil.

Datil. Photo Pauline Gouablin

Comme l’a si bien écrit Virginia Woolf, toutes les femmes ont besoin d’un « lieu à soi ». Les cheffes également, comme le montre Manon Fleury, qu’on avait suivie au Mermoz ou au Perchoir Ménilmontant, et que l’on retrouve enfin dans un restaurant bien à elle, au cœur du Marais. Bois blond, pierres apparentes et verrière forment un lumineux cocon pour sa cuisine à dominante végétale. Ainsi, pas de beurre sur la table, mais une crème de tournesol qui se tartine avec générosité. Une déclinaison autour du maïs (croustillant, moelleux, fondant) permet de démarrer le déjeuner avec douceur, suivie par un duo des dernières pêches de la saison et crevettes dûment sourcées. Suivent des compositions élégantes autour de la courgette, de la feuille de figuier et de la prune, déclinées en textures fondantes, presque vaporeuses : on vise le sfumato plutôt que l’hyperréalisme, ce qui laissera les appétits solides un peu sur leur faim. Dans les verres, belle sélection avec et sans alcool de Valentine Roustit, qui a le bon goût de faire découvrir des préciosités en parfait accord avec la cuisine.

r 13, rue des Gravilliers, 75003. 01 80 05 74 98. Lun.-ven. 19h15-20h45, mer.-ven. 12h-13h30. Menu midi (4 temps) 65 €, soir 120 € (7 temps). Réservation obligatoire.

Oktobre (6e)

Oktobre.

Oktobre. Télérama

Le Kitchen Galerie Bis (dit KGB) de William Ledeuil a fermé. Son lieutenant Martin Maumet en a fait désormais son propre nid, prenant ses aises et son envol. Déclinaison de couleur fauve, acajou ou marron glacé, bouquets de blé aux murs et alcôves cosy, le lieu est désormais aussi douillet que discret. Produits bien sourcés et condiments aux saveurs des voyages composent toujours la carte, parfaitement maîtrisée. En témoignent dès l’entrée ces délicats raviolis vapeur aux shiitakés cachés sous une tombée de feuilles de chou craquantes, alanguis sur un velouté de moules au curry vert. Pour suivre, l’été s’éternise un peu avec un veau basque fondant associé avec justesse à l’aubergine et au maïs, reveillé par l’acidité bienvenue d’une pâte à l’abricot et au zaatar libanais. La tendre poulette jaune joue plutôt la carte de l’arrière-saison, avec champignons, coing, pommes de terre nouvelles et souffle de pâte pimentée pour la revigorer. Service rapide et efficace jusqu’au parfait dessert prune-coco-shiso. Une table parfaite pour toutes les saisons !

r 25, rue des Grands-Augustins, 75006. Du mar. au sam. de 12h15 à 13h45 et de 19h à 21h45. Formules déjeuner 32 et 39 €, menu soir 6 plats 75 €.

Chenapan (9e)

Chenapan.

Chenapan. Photo Alice Beuvelet pour Télérama

Ce minuscule restaurant de dix-huit places (claustrophobes, s’abstenir) est peut-être celui où j’ai vu défiler le plus de talents, puisque ici exercèrent (entre autres) Daniel Rose et son fantastique Spring, ainsi que Clio Modafferi et Anne Legrand au temps de leur Innocence. Désormais, Bruno Laporte en cuisine et Florentin Fraillon en salle, tous deux passés par Ze Kitchen Galerie, de William Ledeuil, y déploient joliment leurs ailes autour d’un menu unique bien balancé. Les lamelles de betterave, minutieusement façonnées en fleurs et relevées de bonite séchée et de cacahuète, enchantent autant l’œil que la langue. Un homard coquin s’amuse de jus de poulet et de câpres, tandis que le vermouth Noilly Prat donne tout son charme à la sauce onctueuse nappant poisson et morilles. L’Angus fondant se roule dans un condiment à l’ail des ours bien troussé. Ce repas créatif et délicat se termine aussi bien qu’il a commencé, avec un dessert autour du blé (en glace, en grains caramélisés), habilement décliné en version sarrasin pour ma comparse, qui se tient loin du gluten. Une adresse qui continue à porter chance aux heureux qui s’y attablent !

s 28, rue de la Tour-d’Auvergne, 75009. 01 45 23 99 13. Du mar. au jeu. 19h-21h30, ven. et sam. 12h-14h et 19h-21h30. Menu 3 temps 39 €, 5 temps 79 €. Réservation indispensable.

Hectar (9e)

Hectar.

Hectar. Photo Alice Beuvelet pour Télérama

Les hauteurs de la Nouvelle Athènes ne manquent pas de bonnes adresses, et en voici une de plus à mettre au palmarès. En lieu et place d’un resto italien, voici la table de Benjamin Schmitt. Les plats les plus simples en apparence sont les meilleurs révélateurs du talent d’un chef : la première bouchée de sa salade de haricots verts à l’ail noir et aux fines tranches de poutargue a suffi à me convaincre du sien… Après son passage par les cuisines étoilées du Peninsula, de Taillevent et du Meurice, c’est le répertoire bistronomique que notre cuisinier s’est fait fort de défendre : épatants poireaux vinaigrette façon mimosa à la moutarde fumée, volaille en deux cuissons impeccable, au jus délicieux et aux asperges, gnocchis maison aux légumes et au sabayon vin jaune… Et par ce froid, vous goûterez bien à son cassoulet ! En dessert, ne pas rater la subtilité d’une mousse au chocolat tiède cachant une pépite de glace au café et un praliné craquant de gourmandise. Bonus : on peut aussi y manger vite fait avant une pièce, le quartier n’étant pas avare de théâtres !

s 41, rue Catherine-de-La-Rochefoucauld, 75009. 01 42 81 00 17. Du mar. au sam. 12h-14h30 et 19h-22h30. Menu déj. 26 €, carte 50-60 €, menu dégustation 69 €. Réservation indispensable.

Magnum 150cl (17e)

En face du parc Monceau, cette brasserie de luxe se montre coquette et cossue. Moquette épaisse, luminaires « grillagés », chaises cannées et banquettes arrondies de velours rose poudré accompagnent la cuisine de tradition française revendiquée par Matthieu Garrel, qu’on avait déjà apprécié au Bélisaire (15e) pour sa bouchée à la reine. Cette dernière revient ici sous la forme d’un vol-au-vent au ris de veau et à la volaille (38 € tout de même) qui ravit mon voisin banquier. À la carte (dommage qu’il n’y ait pas de menu !), l’œuf mimosa à la sardine et sa version « premiumisée » au caviar illustrent le grand écart joliment réalisé par l’établissement. On peut s’y régaler d’une délicieuse saucisse de Lozère à la chair fine et poivrée, accompagnée de généreuses pommes mousseline, pour un prix très honnête (19 €), ou faire chauffer sa carte bleue avec un chateaubriand de filet de bœuf (39 €). Même gymnastique sur l’éclectique carte des vins, où tout le monde pourra trouver son bonheur. Pour finir, joie de retrouver une omelette norvégienne flambée à table, cœur de glace à la vanille fondant sous la meringue italienne enivrée de Grand Marnier : la tradition, ça a aussi du bon.

r 1, rue de Phalsbourg, 75017, 01 43 80 90 43. Tlj. 12h-15h et 19h-23h30.
Entrées 8-24 €, plats 19-39 €, desserts 9-13 €. Terrasse. Réservation indispensable.